Le moulin à eau
Alimenté par un canal de dérivation captant les eaux de la montagne. L'énergie hydraulique entraînait les rolles qui broyaient la canne.
Parcours Chevalier de Saint-Georges — Le lieu
Ancienne habitation-sucrerie · Baillif, Basse-Terre, Guadeloupe
Sur les pentes de la Soufrière, à Baillif, subsistent les ruines d'une sucrerie coloniale du XVIIIe siècle : maisons, aqueduc, purgerie, machine à vapeur — et un cachot. Le domaine appartenait à Georges de Bologne de Saint-Georges, père de Joseph Bologne, dit le Chevalier de Saint-Georges. C'est ici que la tradition situe la naissance du musicien, le 25 décembre 1745.
L'habitation-sucrerie Clairefontaine est une ancienne exploitation agricole coloniale située sur le territoire de la commune de Baillif, au sud-ouest de Basse-Terre. Établie sur les pentes du massif de la Soufrière, elle a produit du sucre du XVIIe au XIXe siècle avant de se reconvertir dans la caféiculture. Le domaine est aujourd'hui pour l'essentiel à l'état de ruines, mais il conserve une série de vestiges d'un intérêt rare pour la lecture d'un système sucrier ancien.
Son premier propriétaire attesté est Georges de Bologne de Saint-Georges (1711-1774), issu d'une famille protestante originaire du Dauphiné. Chassés de France par les guerres de Religion, les Bologne passent par les Provinces-Unies puis par le Brésil, alors colonie néerlandaise, où ils cultivent la canne. Expulsés après la reconquête portugaise, ils gagnent la Guadeloupe en 1654.
Georges de Bologne épouse Élisabeth Françoise Mérican en 1739. En 1745, une femme réduite en esclavage dans sa maison, Anne dite Nanon, met au monde un fils qu'il reconnaîtra : Joseph. Ce garçon deviendra à Paris l'un des escrimeurs les plus redoutés de son temps, un violoniste virtuose et le premier compositeur de musique classique connu d'ascendance africaine.
Une double lecture
Clairefontaine ne se raconte pas seulement comme le berceau d'un homme illustre. C'est aussi une usine à sucre qui a reposé sur le travail forcé de plus de deux cents personnes, et dont le cachot est encore debout. Les deux récits sont indissociables : l'Ordre les présente ensemble.
Joseph Bologne de Saint-George naît le 25 décembre 1745 à Baillif. Ce point fait consensus : la commune est bien celle de sa naissance, et Clairefontaine, propriété de son père, est le site que la tradition et le ministère de la Culture retiennent — c'est à ce titre que le domaine a été labellisé « Maison des Illustres ».
Il faut cependant énoncer les choses avec exactitude, comme le fait l'historiographie récente : aucun acte connu ne désigne formellement l'habitation où l'accouchement a eu lieu. La localisation précise reste discutée entre spécialistes, et quelques auteurs ont proposé d'autres dates, notamment 1739. L'année 1745 est celle qui est aujourd'hui admise.
Cette prudence n'affaiblit pas le site : elle en précise le statut. Clairefontaine est le lieu de mémoire reconnu du Chevalier de Saint-Georges en Guadeloupe, et le domaine familial où sa mère et lui ont vécu avant le départ pour la France.
Orthographe du nom
On rencontre Bologne, Boulogne et Boullongne dans les documents d'époque, et l'usage hésite aujourd'hui entre « Saint-George » et « Saint-Georges ». Cette page retient Bologne et Saint-Georges, forme la plus répandue en Guadeloupe.
Le domaine change de mains à de nombreuses reprises au fil du XIXe siècle, se morcelle, puis abandonne le sucre pour le café. Les grandes étapes documentées :
La famille Bologne, venue du Dauphiné via les Provinces-Unies et le Brésil, s'installe en Guadeloupe.
Vie de Georges de Bologne de Saint-Georges, premier propriétaire attesté de Clairefontaine. Il épouse Élisabeth Françoise Mérican en 1739.
Naissance de Joseph, fils de Georges de Bologne et de Nanon, femme réduite en esclavage dans la maison.
Georges de Bologne se réfugie en France après la mort d'un membre de sa famille ; gracié, il revient à Baillif.
Sa veuve et sa fille Élisabeth héritent du domaine. 207 personnes réduites en esclavage y sont alors recensées.
Période révolutionnaire : l'habitation est placée sous séquestre.
Vente à Jacques Solier, négociant originaire de l'Aveyron.
Succession de propriétaires : Solier, Billery, Lanrezac, Bernus, Le Dentu. Après un cyclone, une machine à vapeur remplace la force hydraulique pour le broyage de la canne.
Date gravée sur la cheminée de la sucrerie, encore lisible sur les vestiges.
Morcellement du domaine (25 hectares cédés à Marc Blandin). Clodomir Bosc devient propriétaire en 1887 ; Clairefontaine s'oriente vers le café.
Le domaine passe à la famille Hugonin puis Coriolan, qui en est propriétaire aujourd'hui.
Attribution du label « Maison des Illustres » par le ministère de la Culture, au titre de l'ancienne propriété de Georges de Bologne de Saint-Georges.
Le site est en ruines, comme la plupart des installations sucrières de Guadeloupe. Il conserve néanmoins un ensemble cohérent, caractéristique des sucreries bâties au XVIIIe siècle : on peut y suivre, presque pas à pas, le trajet de la canne depuis le moulin jusqu'à l'étuve.
Alimenté par un canal de dérivation captant les eaux de la montagne. L'énergie hydraulique entraînait les rolles qui broyaient la canne.
Ouvrage maçonné amenant l'eau jusqu'au moulin. Élément le plus spectaculaire du système hydraulique du domaine.
Installée au XIXe siècle après un cyclone ayant endommagé les installations, pour prendre le relais de la force de l'eau.
Bâtiment de cuisson du vesou. Il en subsiste une partie des murs et des équipements fixes.
La purgerie séparait le sucre de la mélasse ; l'étuve servait à sécher les pains de sucre avant expédition.
Portant la date du 15 octobre 1867. Repère chronologique direct de la phase industrielle du domaine.
Aménagé sous la sucrerie. Lieu d'enfermement des personnes réduites en esclavage. Voir ci-dessous.
Vestiges des bâtiments d'habitation, puits maçonnés et éléments de machines dispersés sur la parcelle.
Photographies de l'Ordre des Gardiens du Patrimoine Guadeloupéen.
Au plus fort de son activité, Clairefontaine était une exploitation esclavagiste. Après 1774, 207 personnes y étaient réduites en esclavage. Ce sont elles qui ont coupé la canne, alimenté le moulin, surveillé les cuites, porté les pains de sucre jusqu'à l'étuve. L'ensemble des vestiges que l'on visite aujourd'hui est le produit de leur travail contraint.
Sous la sucrerie subsiste un cachot : une pièce basse, aveugle, destinée à l'enfermement punitif. C'est l'un des rares témoins matériels de la répression servile encore en place sur une habitation guadeloupéenne.
Le cachot n'est pas une curiosité de parcours touristique. Il est la preuve construite d'un crime. L'Ordre des Gardiens du Patrimoine Guadeloupéen demande qu'il soit conservé, documenté et expliqué — jamais mis en scène, jamais réduit à un décor.
Nous demandons également que le nom des personnes asservies à Clairefontaine soit recherché dans les registres et les inventaires notariés, et rendu public. Un domaine qui célèbre un fils de Nanon ne peut pas laisser dans l'anonymat les deux cents autres personnes qui y ont été tenues en esclavage.
Clairefontaine figure dans la base POP du ministère de la Culture sous la notice MI161, à l'adresse 680 chemin de Clairefontaine – Saint-Robert, Baillif. Le label lui a été attribué en 2011, l'année même de la création de la distinction. Plusieurs publications, dont Wikipédia, mentionnent 2012 : la date officielle de la notice fait foi.
Un label n'est pas une protection
« Maison des Illustres » signale un lieu conservant la mémoire d'une personnalité marquante. Ce label ne confère aucune protection juridique et n'entraîne ni servitude, ni obligation d'entretien, ni contrôle des travaux — contrairement au classement ou à l'inscription au titre des monuments historiques.
À notre connaissance, Clairefontaine ne bénéficie pas d'une protection au titre des monuments historiques. Un site en ruines, en propriété privée et sans protection reste exposé à la dégradation naturelle comme à la disparition. C'est précisément l'objet de notre veille.
Avant de vous déplacer
Clairefontaine est une propriété privée. Les visites se font uniquement sur rendez-vous, avec l'accord du propriétaire. Les vestiges sont instables : maçonneries fissurées, sols irréguliers, végétation dense. Ne pénétrez jamais seul sur le site et n'entrez pas dans les ruines sans accompagnement.
Cette notice a été établie à partir des références suivantes, consultées en août 2026. Les sources institutionnelles priment en cas de contradiction.