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Nanon, sa mère

Anne, dite Nanon — Guadeloupe, vers 1735 · Paris, 16 décembre 1795

On la connaît d'ordinaire par une seule phrase : « une jeune esclave sénégalaise nommée Nanon ». C'est à peu près tout ce que la plupart des biographies de son fils lui accordent. Les archives, elles, en disent davantage — et contredisent une partie de ce qu'on répète.

Ce que la légende raconte

La version courante tient en quelques traits : Nanon serait née au Sénégal, aurait été déportée en Guadeloupe, y aurait servi dans la maison de Georges de Bologne de Saint-Georges, et aurait été d'une grande beauté. On ajoute parfois qu'elle parlait encore le wolof à Paris.

Ces éléments circulent depuis le XIXe siècle. Ils ne reposent, pour l'essentiel, sur aucun document.

Ce que les archives établissent

Le généalogiste Pierre Bardin, spécialiste du Chevalier de Saint-Georges, a publié en 2015 dans la revue Généalogie et Histoire de la Caraïbe le résultat de ses recherches sur Nanon. Il retrouve enfin, écrit-il, celle qui lui avait échappé parmi tous les proches du Chevalier.

Origine
Née en Guadeloupe, et non au Sénégal — c'est ce qu'elle-même déclare dans les actes
Noms d'archive
« Anne Danneveau » dans un acte testamentaire du 18 juin 1778 ; « la citoyenne Nannon » sur son acte de décès
À Paris
Résidant rue Saint-Pierre en 1778, puis rue des Boucheries
Décès
16 décembre 1795, vers 11 heures, à environ 60 ans
Succession
Réglée le 29 mars 1796 ; Joseph Bologne, héritier unique

Le point le plus important est le premier. Nanon se déclare née en Guadeloupe. L'origine sénégalaise, si souvent répétée, ne vient pas d'elle. Elle vient d'auteurs postérieurs, qui ont sans doute trouvé plus romanesque de faire venir d'Afrique la mère du Chevalier. Nous n'avons aucune raison de préférer leur récit au sien.

Le deuxième point mérite qu'on s'y arrête aussi. Elle apparaît dans les actes sous deux noms différents. Ce n'est pas une négligence de copiste : c'est la condition ordinaire des personnes asservies puis affranchies, que l'administration nomme au gré des registres, sans patronyme stable. Retrouver quelqu'un dans ces archives suppose de savoir qu'il peut y porter plusieurs noms.

Le 16 décembre 1795

Les circonstances de sa mort sont documentées avec une précision rare, parce qu'un juge de paix a dû se déplacer : elle est morte sans héritier présent, et il fallait constater.

Elle occupait une chambre au quatrième étage, éclairée par deux fenêtres donnant sur la rue des Boucheries. Un voisin, Jean Dieudonné Descoings, témoigne qu'elle s'est éteinte vers onze heures du matin. Le juge de paix consigne ce qu'il trouve : le corps d'une femme noire, couché sur une paillasse.

Son fils était le musicien le plus célèbre de Paris. Elle est morte sur une paillasse, sans personne de sa famille auprès d'elle.

Joseph réglera la succession quatre mois plus tard, le 29 mars 1796, comme unique héritier. Ces mois-là étaient, pour lui, ceux de la disgrâce : arrêté à l'automne 1793, il venait de passer dix-huit mois en détention et ne retrouverait jamais son commandement.

Une précision d'honnêteté. Les sources ne permettent pas d'affirmer où se trouvait exactement Joseph le jour de la mort de sa mère. Ce que l'acte établit, c'est qu'aucun héritier n'était présent.

Pourquoi cette page existe

Clairefontaine est labellisée « Maison des Illustres » au titre d'un homme. Cet homme est né d'une femme que le domaine tenait en esclavage, et dont on ne dit presque rien.

Rétablir Nanon dans son propre récit n'est pas un supplément d'âme : c'est le travail. Elle n'est pas un détail biographique du Chevalier de Saint-Georges. Elle est une femme née en Guadeloupe, réduite en esclavage, affranchie, venue vivre à Paris, morte pauvre à soixante ans — et son nom exact nous est parvenu parce qu'un chercheur a pris la peine d'aller le chercher dans les minutes notariales.

Il reste 206 personnes à retrouver. C'est le nombre des autres êtres humains recensés comme asservis à Clairefontaine après 1774. Aucun de leurs noms n'est aujourd'hui affiché sur le site.

Sources

  1. Généalogie et Histoire de la CaraïbeRecherche
    Pierre Bardin, « Anne Nanon, la mère du Chevalier de Saint-George, enfin retrouvée », 2015 — acte testamentaire du 18 juin 1778, acte de décès du 16 décembre 1795, règlement de succession du 29 mars 1796. ghcaraibe.org (PDF)
  2. AfriClassicalSecondaire
    Compte rendu détaillé des découvertes de Pierre Bardin, juin 2015 — témoignage du voisin, description du logement rue des Boucheries. africlassical.blogspot.com
  3. Le ScrutateurSecondaire
    Présentation de l'article de Pierre Bardin, février 2015. lescrutateur.com
  4. WikipédiaSecondaire
    « Joseph Bologne de Saint-George » — dates de la vie du fils, contexte de l'arrestation de 1793. fr.wikipedia.org

Note de méthode. L'année de naissance de Nanon reste incertaine. L'acte de décès lui donne environ soixante ans en 1795, ce qui situerait sa naissance vers 1735 ; d'autres publications avancent les années 1720. Nous retenons l'indication de l'acte, en signalant l'écart.

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